La disparition tragique de Philippe Fouchard, ainsi que de plusieurs membres de sa famille, dans la catastrophe aérienne de Charm el-Cheikh, en Egypte, a non seulement profondément bouleversé et affligé le monde de l'arbitrage commercial international, mais l'a aussi privé de l'un de ses plus éminents spécialistes.

L'attachement indéfectible de Philippe Fouchard pour le droit s'est d'abord manifesté à l'université de Dijon, en France, où il a obtenu son doctorat en 1963. Il a ensuite inauguré sa carrière d'enseignant à l'université d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, avant de retourner à Dijon puis de retrouver un poste en Afrique, cette fois à l'université de Tunis, en Tunisie. En 1980, après un nouveau séjour à l'université de Dijon, il a été nommé professeur à l'université française de Paris II (Panthéon-Assas), où il est demeuré jusqu'à sa retraite en 2002. C'est au cours de ces années parisiennes qu'il a tissé d'étroites relations avec la Chambre de commerce internationale.

En plus de ses multiples missions d'arbitre sous l'égide de la CCI, Philippe Fouchard était membre du conseil de l'Institut du droit des affaires internationales, dont il animait aussi souvent les séminaires PIDA et autres manifestations. Il siégeait également avec assiduité à la Commission de l'arbitrage de la CCI, où il avait présidé dans les années 1990 un groupe de travail sur le statut de l'arbitre et dirigé la rédaction d'un rapport étudiant en détail les droits et les devoirs de l'arbitre vis-à-vis des parties, conformément aux lois nationales et aux règlements institutionnels 1. En plus des relations entre l'arbitre et les parties, il avait porté un vif intérêt à celles unissant l'arbitre à l'institution arbitrale. Son analyse magistrale de ce double lien fait aujourd'hui encore autorité sur le sujet 2.

Philippe Fouchard possédait en outre une connaissance intime de la jurisprudence relative à l'arbitrage. En tant que directeur de la Revue de l'arbitrage, il a été à l'origine de la diffusion, dans cette publication française, d'innombrables décisions de tribunaux étatiques, accompagnées de commentaires qui ont contribué à orienter le développement du droit dans ce domaine. On lui doit d'avoir jeté des ponts entre l'institution judiciaire française et la Cour internationale d'arbitrage de la CCI, qu'il a régulièrement tenue informée des décisions de justice susceptibles d'avoir des effets sur l'arbitrage CCI, en y ajoutant invariablement de précieuses et clairvoyantes observations.

Mais la sphère d'intérêt de Philippe Fouchard s'étendait bien au-delà de la tradition juridique française. On ne compte plus les étudiants, en France comme dans de nombreux autres pays, dont il a éveillé l'esprit aux instruments et aux pratiques du droit international. Pour ceux de troisième cycle, il organisait régulièrement des séminaires au secrétariat international de la CCI, afin de leur faire découvrir le monde des affaires internationales et de leur permettre de mettre leur savoir en pratique dans le cadre d'arbitrages fictifs.

La générosité d'âme de Philippe Fouchard et son attachement à l'étude et au développement du droit commercial international lui ont valu, à travers le monde, estime et affection, et il demeurera une source d'inspiration pour tous ceux qui marcheront sur ses traces.



1
« Rapport final sur le statut de l'arbitre » (1996) 7 :1 Bull. CIArb. CCI 28.


2
P. Fouchard, « Les rapports entre l'arbitre et les parties et l'institution arbitrale » dans Le statut de l'arbitre, Bull. CIArb. CCI Supplément spécial, Paris, ICC Publishing, 1995, 12.